lundi 20 février 2017

Alors, c'est comment d'être -encore une fois- enceinte?




Eh oui, c'est vrai, ça, ça change quoi? Eh bien ça change tout, et rien à la fois.


Ca a beau être la quatrième fois, c'est toujours une nouvelle aventure. 

Avec d'un côté les mêmes joies (les mouvements du bébé, les RDV mensuels chez le gyneco pour l'échographie), les mêmes projections, rêves, fantasmes (et le plaisir des petits vêtements à acheter...), mais aussi la fatigue qui ressurgit, les privations et les frustrations (la vie sans apéro n'est plus vraiment la vie, n'est-ce pas... et puis rien ne lui est interdit, à l'homme, ni sport ni bouffe ni excès ni rien...) les mêmes zones d'ombre aussi (il faut accepter ce corps qui prend des formes, s'engraisse comme par magie des le début, alors que je fais tout de meme attention... et à chaque fois c'est une épreuve pour moi, une consternation de découvrir de la cellulite et des rebondis à des endroits où j'avais bien pris soin de les maintenir éloignés, avec l'éternelle question: mais comment vais-je retrouver forme humaine après? Je cogite déjà à un petit programme de remise en état de la bête apres l'accouchement, ambiance boxeur qui doit se retaper et s'assécher avant de remonter sur la balance )...





C'est une période un peu à part, pendant laquelle ma planète ne tourne plus exactement à la même vitesse que celle des autres, pendant laquelle je me sens, forcément, un peu à part, un peu seule aussi, avec des préoccupations et envies différentes... (sans que ce soit aucunement une souffrance pour moi, j'ai toujours bien aimé la solitude, j'en ai toujours eu besoin, ce sont des moments essentiels pour recharger mes batteries, et qui paradoxalement font de moi quelqu'un qui aime le concept de famille nombreuse -avec le surdosage d'émotions, de bruit, d'absence de temps pour moi et de stimulations associées, disons-le franchement, de joyeux bordel-).

Ça a beau être la quatrième fois, il n'y a rien de déjà vu, rien de connu, rien de banal, le bouleversement des émotions est intact! 


La grossesse est un moment absolument magique pour certaines, pour moi c'est plutôt un moment de pause, entre deux eaux, que j'ai l'intention de traverser à fond, mais qui ne me procure pas non plus de joies existentielles extrêmes comme les magazines et les interviews des people pourraient le laisser paraître.
Grossesse après grossesse, j'essaie de m'assagir et de prendre du recul, et j'y parviens plutôt bien, d'ailleurs... Mais il y a toujours cette difficulté à accepter: celle des nouvelles contraintes à gérer, des frustrations à palier. 

Comment on fait, quand on prend du plaisir, dans la vie, à faire du sport, sentir ses muscles bruler, avoir des sensations, descendre les pistes de ski, boire du bon vin, pour arrêter tout ça d'un coup et trouver tout de même du plaisir?
C'est une vraie question, et la grossesse est une épreuve, en ce sens enrichissante, car elle me pousse à m'extraire de mes habitudes, à trouver de nouveaux dérivatifs, de nouvelles sources de plaisir (un peu plus monacales, certes). 
Je mesure à quel point la créativité, la création au sens large (couture, écriture, dessin, photo...) qui sont en moi depuis toujours, sont, dans cette période un peu plus sédentaire, un cadeau, car ils me permettent ces voyages immobiles, ces évasions dont tout être humain a besoin et que chacun trouve dans des domaines propres (coudre une barboteuse c'est quand même un peu plus inoffensif que la drogue, hein).
Le yoga aussi est un autre pilier de mon équilibre, mon fidèle allié... un véritable sport, un transport même, qu'on pratique sur un tapis de quelques centimètres carrés... et qui m'offre toujours, même enceinte, les sensations de dépassement, voire de transe, dont je ne pourrais plus me passer maintenant (là encore, ça remplace avantageusement n'importe quelle drogue dure, j'en fais le pari)

Je pense que c'est une chance, car ces moments de pause dans la vie des femmes nous renforcent: peu d'hommes ont ces occasions d'arrêter sport, bouffe, alcool et amusements en tous genres... c'est parfois quand la maladie ou la vieillesse pointent leur nez qu'ils se font surprendre par le principe de réalité et doivent apprendre à composer avec un corps et des performances physiques différents.

Moi, dans ma vie, pendant quatre périodes de neuf mois chacune, j'aurai vécu ces petites "retraites", ces phases de pause, ou les apéros à rallonge avec les amis n'ont plus la même saveur, où je vois mes copains de yoga continuer à progresser chaque semaine, en m'arrêtant sagement avant une posture un peu complexe que j'aurais été, en temps normal, tellement excitée d'essayer de réaliser, neuf mois à voir le corps se relâcher petit à petit, en anticipant de mieux en mieux, grossesse après grossesse, l'étendue du travail qu'il faudra fournir pour le remettre en forme et en état de marche après.

Je suis donc en plein dans cette phase d'humilité forcée... qui rappelle qu'on ne peut pas tout contrôler, qu'il faut accepter les changements que la nature nous impose, accepter de ralentir le rythme, de lâcher prise... 


Malgré ces inconvénients, que je connais bien maintenant, j'arrive de mieux en mieux à gérer des accès d'impatience, de sensibilité un poil exacerbée (qui a été enceinte parmi vous comprendra, hu hu), ou même ce sentiment d'injustice (pas très rationnel...) heureusement rare, mais qui peut me surprendre parfois, face à la vie de Jean-Chou, qui, elle, n'a pas fondamentalement changé (il peut toujours faire ses trails en montagne, le veinard).

Je vis mon début de grossesse avec sérénité. Peu d'inquiétudes, peu de stress, peu de questions matérielles parasites, peu d'angoisses quant au déroulement de l'accouchement. Advienne que pourra, je me laisse porter. Ce "choix" de faire un petit quatrième était le choix de l"abandon", la décision de laisser la vie nous porter, décider pour nous. Pour l'instant, je continue sur cette voie (même si je VEUX la péridurale, hein, je ne lâche pas prise à ce point-là).

Même si j'ai beaucoup moins de temps a consacrer à ce petit ventre que pour une première grossesse, même si le statut de princesse primipare chouchoutée de tous côtés est définitivement de l'histoire ancienne, je vis, je dors, je pense grossesse! 


Je vis l'aventure à fond, je me sens vivante x2... et je prend tout, tout le package.. en essayant de ne pas trop me plaindre, pas trop gémir, pas trop m'angoisser, parce qu'en ayant fait le "choix" d'un quatrième, on a quand-meme un peu dépassé cette posture-là (meme si ça fait toujours du bien de râler un peu et de faire sa victime, n'est-ce pas)... et parce que, trois fois déjà, tout s'est merveilleusement passé à chaque fois, avec une porte ouverte sur un nouveau bonheur absolument dingue et extraordinaire! 


Si j'en profite aussi bien, c'est aussi, et beaucoup, grâce à la présence de Jean-Chou, qui me fait sentir que nous sommes une vraie équipe.
On dit souvent que plus on a d'enfants, plus le schéma familial devient traditionnel, avec une femme qui travaille moins à l'extérieur, et un homme moins présent dans le foyer, pour faire bouillir la marmite.
C'est à la fois vrai dans les faits, quand on observe notre vie de famille de l'extérieur, sans approfondir... Mais quand on se penche un peu sur la répartition des rôles, on réalise que si ça fonctionne plutôt bien (avec plein de couacs, aussi, hein) bébé après bébé, c'est aussi parce qu'on s'assouplit, on progresse, on se donne plus l'un à l'autre, chacun comme on peut. 
Jean-Chou est encore plus à fond sur le boulot, subit certainement plus de pression et de stress (avec un talent, celui de ne pas me le communiquer), mais est aussi encore plus capable d'adaptation, d'assouplissements de ses horaires, d'improvisation... pour me soulager, m'aider dans un moment où j'ai besoin de lui, physiquement, matériellement.
On progresse tous les deux, on essaie de devenir petit à petit de meilleures amoureux, de meilleurs parents, de meilleurs humains (à ce rythme-là on risque de frôler la perfection dans notre future unité de gériatrie, hé hé)

Plus j'avance dans la maternité, plus je me sens capable d'assurer seule, sans paniquer ou avoir besoin de lui à chaque instant comme c'était le cas après la naissance de mon premier enfant (aujourd'hui je peux passer plusieurs jours seule avec les enfants sans que ça soit difficile, j'y prends même du plaisir... il y a même un vrai sentiment de fierté à s'en sortir comme une grande), et plus paradoxalement, je sens sa présence et son existence comme de plus en plus essentielles à la bonne marche de cette famille.
Merci à lui, donc. Big up.

Bon, et sinon je profite de ma grossesse pour une dernière raison: parce que mes seins sont enfin en 3D, et c'est quand même une expérience assez cool.


ah et sinon: je viens de relire la "liste de naissance anti-baby blues" que j'avais écrite pour ma petite troisième... force est de constater que j'aurai besoin d'exactement la même chose cette fois encore!



bien dans mes baskets.


à suivre...

1 commentaire:

  1. je decouvre ton blog auj ... purée de pois ... je suis toi :) sauf pour les roberts ... ça non meme au 4eme j'en n' ai pas mais tu résumes parfaitement le fond de ma pensée (mon homme aussi traillllleee) alors bon ... jolie grossesse à toi !

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