mercredi 1 mars 2017

Mais comment faites-vous pour accorder du temps à chacun de vos enfants?



"désolée les enfants, vous allez devoir aller sur cette jolie plage, mais tous les trois en même temps. Soyez assurés de mes scrupules les plus intenses. "


"Il faut consacrer du temps à ses enfants". "Au sein d'une fratrie, attention à bien consacrer du temps à CHACUN de ses enfants". "Il faut individualiser ses enfants".

Vous aussi, vous l'entendez parfois, cette règle, dans la bouche de votre entourage? Cet objectif que se fixent beaucoup de jeunes mères, ce credo qui freine même certaines dans l'envie de donner un petit frère ou une petite soeur à leur premier né, trop effrayées à l'idée de créer des injustices entre eux?
C'est même parfois vous-même, comme une grande, qui vous créez cette petite voix intérieure, celle qui vous rappelle à votre culpabilité maternelle...





J'ajoute à cette injonction, toutes les autres, celles que vous connaissez bien aussi: "Il faut consacrer du temps à son couple, il faut réussir au travail, il faut être adepte du maternage, il ne faut lâcher dans aucun domaine, il faut que vous fassiez des soirées entre copines pour ne pas être qu'une mère, il faut, bien évidemment, vous consacrer du temps à vous, il faut être épilée nickel, il faut faire l'amour régulièrement, il faut que vous fassiez de bons petits plats, il faut que vos enfants mangent équilibrés, il faut qu'ils soient bilingues, et c'est mieux, pour leur futur réseau, si leur niveau en ski, en tennis, et en équitation est bon le plus tôt possible, il faut que vous les sécurisiez au maximum, il faut que vous les éduquiez de manière bienveillante, et puis il faut leur apprendre à se séparer de vous, aussi, il faut dépenser 300 Euros dans un affreux gâteau américain en pâte à sucre à l'effigie de son héros Disney préféré, avec l'animateur hystérique qui va bien pour s'occuper des 45 petits invités déguisés, bien sûr, pour qu'il ait un anniversaire exceptionnel, car c'est important, pour vous, n'est-ce pas, qu'il ait un anniversaire digne de ce nom, -on n'a pas un an tous les jours!-, un évènement qui reste à jamais gravé dans sa mémoire..."


Bref. Revenons à mon titre. Comment vous faites, vous, pour consacrer du temps isolément pour chacun?
Eh bien moi, c'est simple, avec trois enfants (et bientôt un de plus), je n'y arrive pas.

Je ne suis pas une mère qui culpabilise facilement. Certes, je me pose des questions absolument tous les jours sur ma façon de faire, je me remets en question, je vois des pistes d'amélioration chaque jour. Mais je suis aussi assez lucide sur mes capacités, sur ce que je fais de bien. Je suis consciente de faire du mieux possible pour mes enfants, de faire en sorte d'être une "assez bonne mère" pour eux. Je me trouve pas mal, quoi. Tout en étant consciente de pas mal de mes défauts et lacunes...

Je considère, de plus, que la maternité exige déjà une relative dose de sacrifice, et qu'il est inutile, en plus, de se flageller et de charger la mule avec des injonctions supplémentaires venant de l'extérieur.
Alors oui, évidemment, la question du temps que je parviens à accorder à chacun de mes enfants est une question cruciale. Un des sujets qui revient le plus dans mes questionnements de maman.
Me consacrant à plein temps à ma famille, je considère que je suis plutôt privilégiée sur ce point-là: j'ai, objectivement, plus de temps que la moyenne à consacrer à mes enfants. Il n'empêche que je reste  régulièrement sur cette impression de courir, moi aussi, après le temps... tant mes enfants me réclament, au quotidien, et simultanément, des attentions différentes.
Je suis souvent happée par cette sensation désagréable d'être un peu frustrée, un peu coincée, n'arrivant pas à honorer l'ensemble des belles idées que j'avais échafaudées pour leur consacrer le temps qu'ils méritent, chacun.

Cette sensation, je l'identifie, mais je ne m'en formalise pas plus que ça non-plus. Je trouve un peu usants, parfois, ces discours psychologisants ambiants qui se transforment en dogmes et en règles à respecter, sous peine de rater l'éducation de son enfant.
Si j'ai fait le choix de faire plusieurs enfants, je ne peux pas m'attendre à fonctionner comme une mère d'enfant unique. C'est parce que, au fond, je les aime, cette agitation, ces tiraillements, ces sollicitations qui viennent de toutes parts en même temps.
Si j'ai fait le choix d'une famille (un peu) nombreuse, c'est justement parce que je crois que le modèle de la fratrie est un modèle intéressant et positif, et que je n'adhère pas à l'idée péjorative qu'une fratrie, ce soit un poids, un boulet, une contrainte, quelque chose qu'on a imposé à l'aîné, et qu'on doit s'évertuer à alléger, pour le bien-être de sa majesté l'enfant. C'est aussi que, enfant après enfant, j'ai appris à lâcher des choses. Notamment l'idée d'atteindre une sorte de perfection maternelle, idée complètement faussée (et que n'attendant d'ailleurs même pas nos propres enfants, d'ailleurs).

Si j'ai fait plusieurs enfants, c'est parce que je considère que la vie de famille est une vie en équipe, et qu'on n'a pas, au quotidien, à chercher la quadrature du cercle en prenant isolément un enfant par rapport à un autre.

Alors certes, je me souviens de ce qui me frustrait, enfant, de ce dont j'avais besoin et qui pouvait, à certains moments, me manquer. Je me souviens des situations qui pouvaient créer de la rivalité (avec ma petite soeur surtout); c'était celles où on était considérées comme "égales" par mes parents, en position d'être comparées... alors que je tenais dur comme fer à ma position et au privilège d'aînée, même si nous étions proches en âge (surtout pour ça, d'ailleurs!).
 Je me rappelle ma mère souvent affairée à mille tâches dans la maison, en cuisine... alors que parfois j'aurais eu envie qu'elle oublie le repas à préparer, se pose à côté de moi pour partager une activité.
Alors j'essaie de ne pas reproduire certaines choses... tout en comprenant ma mère, beaucoup mieux maintenant que je le suis devenue aussi.

Je suis aussi consciente de l'immensité de mes défauts: quoi que je fasse, mes enfants me reprocheront forcément des choses plus tard. Alors autant faire du mieux que je peux, et faire ce en quoi je crois. A eux de se débrouiller ensuite avec ce qui leur aura manqué, de compenser à leur façon, de tracer leur chemin, avec les inévitables frustrations de la vie.
Comme dit Freud, je crois, être parent est un des seuls métiers quasiment impossibles, pour lequel l'échec est, de toutes façons, assuré.

Donc voilà. Pour moi, la vie de famille, c'est un tout. On doit fonctionner tous ensemble, et je ne peux pas, chaque jour, m'imposer le casse-tête de savoir comment "consacrer du temps à chacun".

Les choses se font par elles-mêmes, la vie se vit, jour après jour, sans être théorisée et intellectualisée à bout de champs.
 Je ne crois pas être obligée de partir tout un week-end avec un seul de mes enfants pour lui montrer que je suis là pour lui. Couper artificiellement la famille en sous-groupes, pour que les uns partent en week-end en Angleterre, les autres partent le week-end suivant en safari-photo au Botswana, puis d'autres encore partent ensemble, avec un seul de leurs parents, faire un stage de poterie en Suisse, ça me parait, pour l'instant, inutile, et même inconcevable.

C'est parce qu'on est tous ensemble que les voyages sont passionnants, c'est parce qu'on apprend à se connaître dans notre micro-société que la vie de famille est intéressante.
C'est aussi parce que la vie est assez compliquée et fatigante comme ça, qu'on n'a pas envie d'être des champions du monde de l'organisation de week-end ou vacances de rêve, et que nos ambitions sont... mesurées.

Alors voilà. J'essaie au maximum de consacrer du temps à chacun de mes enfants, mais au sein de la famille la plupart du temps. Des moments isolés, au milieu de l'agitation du groupe. Dans des activités les plus simples possibles, et si possible qui me procurent du plaisir... Mais pendant lesquelles je m'efforce d'être à 100% là, avec eux, dans l'instant présent.
Pendant que les deux grands jouent à un jeu de société avec leur papa (les jeux de société ou de cartes, c'est juste impossible pour moi, je déteste ça... je suis une solitaire qui aime vivre très entourée ;-), je passe une heure à colorier des igloos sur un magazine avec ma petite troisième.
Pendant que les filles jouent aux Sylvanians dans une chambre, je passe du temps à faire la cuisine avec mon fils.
Pendant que deux enfants restent avec leur papa, je fais un accompagnement à un anniversaire pour l'autre, ou une virée au marché ou même chez le commerçant d'en bas parce qu'il manque du lait, prétexte anodin qui donne l'occasion d'avoir une demi-heure pour discuter tranquillement sur le trajet.
Ca ne va pas plus loin que ça.... ça évoluera sûrement quand les enfants grandiront, mais pour l'instant, c'est comme ça que je "consacre du temps à chacun".

Selon moi, ce n'est pas forcément en organisant un week-end de dingue, avec une logistique poussée au maximum, exclusivement réservé à un de mes enfants qu'on passe les meilleurs moments... j'essaie surtout de privilégier des petites fenêtres dans le quotidien... les confidences et discussions métaphysiques d'un enfant viennent généralement sans prévenir.

J'ajouterai que, même quand j'arrive à organiser un moment seule avec un de mes enfants, après avoir bien fantasmé sur ce fameux "moment de qualité mère-enfant", je suis finalement souvent un peu déçue: mes deux grands sont tellement complices qu'ils se manquent très vite mutuellement quand ils sont séparés. Ma petite dernière tourne vite en rond aussi, quand elle se retrouve fille unique pendant le cours de natation des grands.

Alors je ne me prends pas plus la tête que ça. Petite, quand je me remémore les meilleurs de mes souvenirs, ce sont, avant les voyages au bout du monde ou les évènement objectivement "exceptionnels", les milliers d'heures de jeux avec mes frère et soeur. Nos histoires, nos cabanes, nos explorations dans le jardin, notre monde merveilleux d'enfants. J'ai peu de souvenirs d'avoir été "seule" avec mes parents. Et, enfant, cette idée ne m'a jamais effleuré l'esprit, en fait.

J'ai toujours en mémoire la phrase de mon pédiatre, quand je lui avais annoncé ma deuxième grossesse: "vous faites un grand cadeau à votre fille, en lui offrant un frère ou une soeur: vous lui offrez la chance de pouvoir partager ses souvenirs".

Et c'est en effet ma philosophie de mère de plusieurs enfants. On fonctionne tous ensemble, on est une vraie team. On passe des moments géniaux tous ensemble, et, à voir les sourires et éclats de rire de nos enfants quand ils sont tous ensemble, il n'y a pas à trop se créer de problèmes existentiels supplémentaires, je crois.

Eh oui, la vie avec une fratrie, parfois, c'est aussi devoir se fader des personnes qu'on n'a pas envie de voir, aller tous ensemble chez le pédiatre alors qu'un seul des enfants est malade parce que maman n'a pas la possibilité de se couper en trois, devoir regarder les Zouzous pour la petite dernière alors qu'on est plutôt fan des Lego Ninjago, et attendre son tour avant de pouvoir prendre la parole sur le chemin de retour de l'école, parceque maman n'est pas une magicienne et ne peut pas suivre trois conversations en même temps.
C'est comme ça... la vraie vie, quoi. Et je suis sûre que mes enfants s'en sortiront, "malgré" leur famille (ironie).

Et vous, alors, comment vous faites pour être wonderwoman?






4 commentaires:

  1. Bonjour!
    ah mais il tombe a pic cet article! comme c est mon premier commentaire, petite presentation familiale: 3 enfants: garcon 5 ans fille 3 ans et bebe garcon 5 mois: alors je vois plutôt les choses comme toi a la base sauf que... mon grand est treeees treeees demandeur et meme si avec sa soeur ils s entendent relativement bien, il est quand meme jaloux et reclame plus de temps rien qu avec nous. Ca ne s est pas trop arrangé avec la naissance du petit dernier. Bon je sais que meme enfant unique il demanderait autant et ne serait jamais "satisfait" j imagine. Donc je me pose la question: peut etre que cela depend egalement des caracteres des enfants? je n ai pas encore vraiment fait le deuil d un 4eme enfant mais ces derniers temps je me dit que non je ne peux pas (entre autre) a cause de ca. j essaie aussi d utiliser tous les petits moments que le quotidioen nous propose: le foot du grand pour passer du temps avec les cadets, anniversaire ou un enfant est invité pour jouer avec les autres. et oui je confrme souvent lorsqu on echaffaude des plans pour passer un moment en tete a tete, souvent ca ne se passe pas du tout comme prevu. en tout cas felicitation pour cette grossesse et j avoue etre admirative de l entente entre tes deux grands! choops

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    1. Ma fille aînée est un peu comme ton aîné.
      Aînée moi aussi, j'étais comme ça.
      Je crois qu'il y a quelquechose en rapport avec cette position d'aîné, un côté "comptable", qui a souvent peur d'etre lésé et qui donc paraît plus exigeant que les suivants.
      Le deuxième (le fameux enfant du milieu!) réclame moins... mais quand je vois les étoiles dans ses yeux quand je suis juste avec lui, je réalise que même s'il est plus cool, moins persuasif (moins tyrannique? 😉), il n'a pas moins besoin de m'avoir pour lui.
      Je veille donc à ça. Idem avec ma dernière.

      Je pense qu'à partir de 3, tu peux en faire 4, la question restera la même... à toi de voir si tu te sens capable de te partager sans culpabiliser... d'assumer ton autorité sur eux, et d'assumer tes erreurs d'arbitrage concernant les besoins des uns et des autres, car tu en feras forcément... car tu es humaine.

      (Merci pour tes félicitations!)

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  2. Pour ma part j'ai fait simple en optant pour l'enfant unique :) :) :)
    Blague à part la maternité n'a jamais été dans mes projets de vie, je ne voulais pas d'enfant. Et puis un jour un déclic, une pulsion, je tombe enceinte dans les heures qui suivent, une révélation : la maternité est juste un truc de dingue, le truc le plus banal en apparence mais le plus fou de ma vie. Et pourtant j'ai beau trouver cela incroyable je n'ai jamais eu l'envie d'agrandir notre famille, pas envie de me "couper" en deux, en trois, de me sentir partagée entre plusieurs enfants.
    J'ai conscience que je passe sans doute à côté de belles choses mais cela n'a pas d'importance je suis follement heureuse ainsi et je me dis que j'aurais pu ne jamais connaître ce bonheur donc je ne demande ni ne souhaite rien de plus.

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  3. Bonjour!
    Bon ben cette fois-ci je ne vais pas me contenter de lire ta bafouille, j'y réponds! Avant toute chose, je précise que j'ai bientôt 35 ans et que je suis maman de 4 enfants âgés de 6 à 11 ans! Alors donner du temps à chacun, évidemment, c'est un défi! (surtout après la naissance du petit dernier, alors que la plus grande n'avait pas encore 5 ans!)... L'expérience m'a montré que la clé, pour trouver du temps, est de ne pas attendre d'avoir 3h pour faire un truc extraordinaire avec l'un des 4, parce que ces 3h ne viendront sans doute jamais, mais plutôt de prendre 5 minutes avec un enfant pour lui lire une histoire, coller trois gommettes, raconter des blagues, bref, faire un truc tout simple et facile à improviser. C'est un principe qui m'a souvent aidé à simplifier les choses.
    Mais le fond du problème n'est pas là : je pense que le fond du problème, c'est notre rapport au temps. Le temps, on ne peut pas le posséder. Mais on peut le donner! Ou le prendre. On a une certaine liberté par rapport au temps, et ça c'est intéressant. Et une maman heureuse, c'est une maman qui arrive à trouver un équilibre entre le temps qu'elle donne et celui qu'elle prend pour elle-même. Non? Equilibre à réguler sans cesse!
    Bon, je dis ça, j'ai l'air de prendre les choses de haut mais j'ai connu des moments où on pleurait tous, sur le canapé, parce que chacun voulait être seul avec moi et que moi je ne savais plus comment faire!!
    Un truc qui console une mère de famille frustrée de ne pas avoir de temps pour chacun : l'affection que les enfants se donnent les uns aux autres. Ca vaut de l'or!
    myriam

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